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📖 L'héritage du désert - Châtier : chapitre 6

📖 L'héritage du désert - Châtier : chapitre 6

6. C’était la dernière fois
que tu t’inclinais devant ton maître.


J’avais crié. Un coup avait claqué, brutal, porté par l’esclave soumis à l’Oratrice. Elle avait retiré son fer, mais je sentais toujours sa morsure incandescente. La bouche grande ouverte, je respirais fort. Mon souffle rauque résonnait dans cette salle solennelle. Ma paume me brûlait ! J’avais envie de gratter cette douleur comme si je pouvais l’arracher de mon corps.
— Magnifique. FĂ©licitations, Oratrice, murmura le veilleur qui nous avait accompagnĂ©s.
Je tenais mon poignet à m’en faire mal. J’avais recraché ce morceau de cuir sans m’en rendre compte. Mon râle était la seule chose perçant le silence.
L’Oratrice recula. Je relevai la tête, des larmes sur les joues. Elle plissa très légèrement un coin de ses lèvres, avant de disparaître dans l’obscurité.
— Tenez votre esclave, seigneur. Elle est d’un ridicule.
Le tisonnier rougeoyait dans l’ombre. Phédor tapota le sommet de mon crâne de ses doigts.
— Tu me fais honte, lâcha-t-il froidement Ă  mon adresse.
Je me mordis la langue jusqu’au sang, afin d’étouffer mes plaintes. Je pleurais en silence, recroquevillĂ©e sur moi-mĂŞme. La douleur brouillait tous mes sens. Je n’osais ouvrir ma main, je refusais de voir cet horrible symbole Ă  tout jamais ancrer ma peau. Je retins un gĂ©missement en griffant mon poignet. PlutĂ´t cela que de me concentrer sur cette brĂ»lure qui n’en finissait pas. PhĂ©dor pressa lĂ©gèrement le sommet de ma tĂŞte. Le seul geste qu’il devait pouvoir se permettre. Qui semblait me dire  : je suis lĂ . Je mordis encore ma langue. J’avais du sang plein la bouche. En cet instant, je le dĂ©testais, mais je n’étais plus capable d’être raisonnable.
— Seigneur PhĂ©dor, commença quelqu’un par delĂ  les ombres, vous vous tenez devant l’Œil pour affranchir votre esclave. L’Œil consent Ă  votre demande. Mais si l’Œil donne aujourd’hui, il attendra en retour.
— Aurore, appela l’Oratrice hors de ma vue. Ton nom figurera dans les registres des puissants. Nous t’octroyons un domaine. Une voix parmi celles qui dirigent ce pays. Cependant, l’Œil ne saurait accorder sa clĂ©mence aux faibles. Tu as Ă©tĂ© façonnĂ©e pour obĂ©ir, il te faudra dĂ©sormais commander. Et ceux qui n’imposent rien finissent Ă©crasĂ©s.
Phédor se rapprocha de moi.
— Seigneur PhĂ©dor, reprit l’Oratrice. En affranchissant cette esclave, vous engagez plus que son avenir. Le sable garde toujours trace des pas de ceux qui s’y risquent. Si elle vous trahit, c’est votre nom que l’Œil inscrira en premier sur ses registres. Sa faute sera la vĂ´tre.
Une troisième personne brisa le silence  :
— Vous deux, vous portez le poids des anneaux. Prenez garde Ă  ce que votre audace ne devienne pas de l’arrogance. L’Œil voit. L’Œil juge. Soyez Ă  la hauteur de ce qui vous est accordĂ© ou nous reprendrons ce qui ne vous appartient pas encore.
— Aurore, relève-toi, ordonna l’Oratrice d’une voix solennelle.
Je me mis debout, ma paume meurtrie, toujours serrée contre moi. Des larmes brouillaient ma vision.
— C’était la dernière fois que tu t’inclinais devant ton maĂ®tre.
Quelqu’un s’approcha ; le veilleur.
— Occupe-toi d’elle. Seigneur, venez avec nous.
— OĂą l’emmenez-vous ? demanda PhĂ©dor.
— Elle devrait vous ĂŞtre rendue ce soir.
Je tiquai, comme Phédor sur la tournure de sa phrase.
Devrait ?
— Toi, suis-moi, ordonna le veilleur Ă  mon adresse.