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📖 L'hĂ©ritage du dĂ©sert - ChĂątier : chapitre 4

📖 L'hĂ©ritage du dĂ©sert - ChĂątier : chapitre 4

4. Quelque chose n’était pas clair
dans ce que j’ai dit ?

— Rien de plus que la vĂ©ritĂ©. Nous nous intĂ©ressons de trĂšs prĂšs Ă  vous. Je ne vous apprends rien.
Un frisson glacé me traversa. Ils étaient suspicieux, trop suspicieux et Phédor naviguait entre les mensonges.
— Puis-je vous Ă©clairer sur un quelconque point ? proposa patiemment ce dernier.
— Ce n’est pas la peine, reprit-elle en quittant l’accoudoir, les rĂ©ponses viendront en temps et en heure.
Le veilleur retira ses pieds de l’esclave et se releva.
— L’ƒil accĂšde Ă  votre demande, dĂ©clara l’Oratrice, alors que je retenais un soupir de soulagement. Sous certaines conditions.
— Quelles conditions ?
Elle ajouta avec indiffĂ©rence  :
— Si votre esclave une fois affranchie manque Ă  ses devoirs, l’ƒil sera en droit de s’approprier l’un de vos esclaves, n’importe lequel en guise de compensation pour la perte de temps que vous nous aurez fait subir. En plus de celle-ci.
Phédor se figea.
— Pardon ?
— Quelque chose n’était pas clair dans ce que j’ai dit ?
Mon souffle s’intensifia. Si PhĂ©dor revenait sur sa dĂ©cision, c’était nous trahir, car il n’avait aucune raison de dire non. Et comme il chĂ©rissait tout autant sa domesticitĂ©, jamais il ne voudrait imposer Ă  l’un de ses serviteurs une vie de servitude auprĂšs de l’ƒil.
— Aucune loi ne stipule cela.
— Voyez cela comme un aimable Ă©change  : nous acceptons d’affranchir cette esclave sans marque sous condition qu’elle se comporte tel qu’il est attendu d’elle. Si elle venait Ă  dĂ©roger Ă  son statut, nous serions en droit d’obtenir rĂ©paration pour le temps que cela nous a demandĂ© de l’affranchir.
L’Oratrice s’approcha, s’arrĂȘtant Ă  un pas de moi. Elle glissa ses doigts glacĂ©s sous mon menton. Je me laissais faire, comme si je n’étais rien de plus qu’une poupĂ©e s’animant sous les mains de son propriĂ©taire. Je sentais le regard de cette femme sur mon visage, mais je gardais le mien fixĂ© sur les dalles de pierre.
— Ă€ moins que vous ne prĂ©fĂ©riez la marquer avec notre fer. Dans ce cas-ci, nous consentirions Ă  l’affranchir sans exiger de votre part une compensation matĂ©rielle, comme l’un de vos esclaves.
Phédor se taisait.
— Vous ne risquez rien Ă  accepter, si votre esclave est une « brave domestique » qui respecte les rĂšgles et qui saura « gouverner notre pays d’une main de fer ». N’est-ce pas ?
Toujours ce silence.
— PrĂ©fĂ©rez-vous le marquage ou la compensation matĂ©rielle ?
Je voulais crier Ă  PhĂ©dor d’accepter ce marquage. Je pouvais endurer cette Ă©preuve. Je savais Ă  quoi m’attendre. Et nous ignorions tout de ce que l’ƒil entendait par « manquer Ă  mes devoirs ». Ils seraient les seuls juges de mon comportement et je doutais qu’ils soient indulgents.
Pourtant, j’avais si peur qu’il dise oui. Mon cƓur battait tellement fort que j’avais l’impression que tous les trois l’entendaient.
PhĂ©dor inspira et lĂącha calmement  :
— Marquez-la.