📖 L'héritage du désert - Châtier : chapitre 2

2. Et concernant son absence
dans l’espace public ?
dans l’espace public ?
Phédor s’enfonça dans son assise et croisa les doigts.
— Les registres n’existent que depuis quelques années, il est donc normal que vous ne trouviez aucune trace de sa vente.
— Pardonnez mon incompréhension, l’Œil cherche seulement à … comprendre. D’après les recherches de l’Œil, vous faites inscrire tous les achats de vos esclaves depuis les dix dernières années. L’Œil trouve… amusant que celle-ci ait été acquise quatre années avant votre prise de décision.
— J’achète des domestiques tous les quatre à cinq ans.
Le veilleur le dévisageait sans expression.
— Et concernant son absence dans l’espace public ?
Phédor se mit à rire.
— Est-il obligatoire de s’afficher avec le domestique que l’on souhaite affranchir ?
— Pas nécessairement. Généralement, l’esclave destiné à être affranchi se trouve être le favori du seigneur. Il est donc, par défaut, souvent à ses côtés. Et vous, vous êtes toujours accompagné des deux mêmes esclaves, et il ne s’agit pas de celle-ci.
— Tout simplement parce que je ne souhaite pas la partager.
— Et vos favoris, si ? (L’homme se pencha vers Phédor.) Je n’en avais pas l’impression, d’après ce qui nous a été rapporté.
— Je m’occupe de ma domesticité comme je l’entends. Cela ne concerne en rien ma demande d’aujourd’hui.
— C’est à nous d’en décider. (L’homme fit peser plus lourd ses pieds sur le dos de l’esclave qui se courba.) Et où l’avez-vous… achetée ?
— Au marché des sources.
Il annota quelques mots à l’aide de son calame.
— Connaissez-vous son nom ?
— Elle s’appelle Aurore. Je vous avais écrit tout cela dans ma demande.
L’homme acquiesça distraitement en rédigeant sa réponse.
— Un nom peu commun pour une seigneuresse.
— Ce n’est pas son nom de naissance, le rectifia Phédor. Je l’ai modifié dès que je l’ai acquise.
— Et quel était son nom de naissance ?
— Un détail qui n’est pas resté pérenne dans mon esprit.
— Naturellement. Avez-vous des remarques sur son service ?
— Non. Cette domestique est très dévouée. Son dressage a été bien fait.
Dressage…
Je retins un soupir las.
— À quel marché souhaitez-vous la faire accéder ?
— Celui des sources, bien entendu.
Il dégagea une bourse pleine de sa toge et y ajouta une clé dorée : celle du collier qui enserrait mon cou. L’homme lui fit signe de la déposer sur la table humaine.
Il m’ordonna sèchement  :
— Approche !
Je m’avançai en exécutant le salut traditionnel  : le dos de la main gauche posée contre la paume de droite. Cette posture était censée exhiber le blason marqué au fer chaud dans les paumes des domestiques.
— Tiens, donc. (Le veilleur croisa ses doigts sous son menton.) Elle n’est pas marquée ?
— Non, j’aime ses mains ainsi.
— Quelle drôle d’idée ! Marquez-la d’abord. L’ultime affranchissement pourra être pratiqué ensuite.
— Aucune règle ne stipule qu’un domestique doive être marqué pour bénéficier de cette procédure.
— C’est ainsi.
— Pourtant, ce n’est écrit dans aucun de nos textes de loi. Voulez-vous vérifier, veilleur ?
— Je n’ai pas besoin de vérifier pour vous informer qu’il est attendu qu’un esclave porte la marque de son maître. Si celle-ci venait à être affranchie sans, comment les autres seigneurs reconnaîtraient-ils ses origines ?
— Une fois qu’elle sera devenue seigneuresse, son passé n’existera plus.
— Une fois qu’elle sera devenue seigneuresse. Or nous n’en sommes pas là .
Il reposa son calame.
— Nous pouvons la marquer ici, avec le fer de l’Œil. Cela vous éviterait d’aller chercher le vôtre dans votre domaine. Cela nous ferait extrêmement plaisir.